Le Premier ministre sénégalais a frappé un grand coup jeudi en dénonçant publiquement les termes d’un contrat gazier avec le géant britannique BP, gelant simultanément les comptes d’une filiale du groupe indonésien Indorama et révoquant des dizaines de permis miniers. Une offensive sans précédent qui marque un tournant dans la gestion des ressources naturelles du pays.
« Des contrats injustes qui ont lésé le Sénégal »
C’est devant la presse que Ousmane Sonko a lâché une bombe diplomatique et économique. Le chef du gouvernement a qualifié d' »inéquitable » et « unilatéral » le contrat gazier liant le Sénégal au britannique BP pour l’exploitation du projet phare Grand Tortue Ahmeyim (GTA), un gisement de gaz transfrontalier partagé avec la Mauritanie .
« Les contrats qui ont été signés sont des contrats injustes, que nous avons l’intention de discuter en détail »*, a-t-il déclaré dans une déclaration télévisée, promettant la publication prochaine d’un document détaillant les accords passés au crible.
Selon l’audit gouvernemental, ces accords seraient « déséquilibrés et défavorables » au Sénégal, qui entend désormais les renégocier pour assainir ses finances publiques et offrir un gaz moins cher à son industrie et à sa population .
380 millions d’euros gelés : Indorama dans le viseur
Mais le coup de semonce ne s’arrête pas au secteur gazier. Ousmane Sonko a annoncé le gel des comptes des Industries Chimiques du Sénégal (ICS), une entreprise historique de phosphate et d’engrais, contrôlée depuis 2014 par le géant singapourien Indorama Corporation.
L’État réclame 250 milliards de FCFA (environ 380 millions d’euros) à l’entreprise pour non-paiement de taxes et redevances, ainsi que pour des exonérations fiscales jugées illégales par les nouvelles autorités. Selon Dakar, le préjudice total subi par le Sénégal entre 2014 et aujourd’hui s’élèverait à plus d’1,5 milliard d’euros.
Les trois concessions minières des ICS ne seront pas renouvelées, avec l’objectif affiché de « reprendre l’ensemble des actifs » de l’entreprise pour produire localement de l’engrais .
71 permis miniers révoqués, dont 14 licences aurifères
Dans le même mouvement, le gouvernement a révoqué 71 permis d’exploitation minière. Parmi eux :
– 14 permis aurifères
– Des blocs offshore tels que Diender Offshore, Differe, Cayar Offshore Shallow, Saint-Louis Offshore Shallow et Rufisque Offshore
Motif invoqué : les entreprises concernées n’ont pas respecté leurs obligations contractuelles. Les autorités estiment par ailleurs que les périmètres attribués étaient trop vastes et ne répondaient pas aux standards internationaux.
Vers une nationalisation du projet Yakaar-Teranga
Autre annonce majeure : les discussions pour nationaliser le projet gazier Yakaar-Teranga, exploité par l’américain Kosmos Energy, sont sur le point d’aboutir . Le Sénégal devrait récupérer ce bloc « sans coût » dans les prochaines semaines, alors que la licence d’exploitation arrive à expiration en juillet 2026 .
Kosmos Energy a confirmé son retrait, invoquant l’incapacité à trouver un partenaire commercial et à s’entendre avec le gouvernement sur un concept de développement .
Un contexte économique sous tension
Cette offensive contractuelle s’inscrit dans un contexte financier extrêmement tendu. La dette publique du Sénégal a atteint 132 % du PIB fin 2024, selon le FMI, qui a suspendu son programme de coopération après la découverte d’irrégularités dans les données financières sous l’administration précédente .
Le pays doit rembourser près de 485 millions de dollars d’eurobonds ce mois de mars, et sa dépendance au marché régional pour se financer à court terme alourdit la facture.
Parallèlement, le gouvernement fait face à des tensions sociales : manifestations étudiantes pour le paiement des bourses, grèves d’enseignants, et un plan d’économies prévoyant la fermeture de 19 agences publiques.
« Nous allons changer complètement la façon de faire »
Ousmane Sonko l’a affirmé sans détour : ce n’est qu’un début.
« Nous sommes encore loin d’avoir achevé ce travail. Nous allons changer complètement la façon de faire les choses ».
L’audit gouvernemental a également révélé que plusieurs projets d’infrastructures auraient été surfacturés en moyenne de 15 %, coûtant des centaines de millions d’euros au pays.
Le locataire de la Primature promet que la révision des contrats se poursuivra tout au long de son mandat, avec un objectif clair : redonner au Sénégal la maîtrise de ses ressources naturelles et garantir que leur exploitation profite enfin à la nation et à sa population .
La Rédaction








