Le Président de la République est désormais investi. À partir de cet instant solennel, il cesse d’être l’homme d’un camp pour devenir le garant du destin collectif. Cette investiture n’est pas une récompense politique, mais une charge historique : gouverner pour tous, sans exclusion, dans l’intérêt supérieur de la Guinée.
Les fractures du pays sont réelles. Profondes. Parfois douloureuses. Les frustrations accumulées, les colères contenues et les injustices perçues ne peuvent être balayées d’un revers de main. Les ignorer serait une erreur politique majeure. Mais s’y enfermer serait une faute historique.
Au-dessus de ces blessures, il y a une réalité qui nous dépasse tous : la Guinée, une et indivisible.
Monsieur le Président, votre déclaration lors du discours d’investiture — « On ne construit pas un pays dans la division et on ne bâtit pas un pays dans la haine » — vous engage. Elle vous oblige. Elle crée une attente nationale. Les Guinéens jugeront désormais les actes à l’aune de ces paroles.
L’unité nationale : un impératif, pas une option
La Guinée ne peut avancer dans un climat de suspicion permanente, de peur et d’exclusion. Aucun État ne se développe durablement contre une partie de son peuple. L’unité nationale n’est pas un discours de circonstance : c’est une responsabilité partagée, mais d’abord assumée par ceux qui détiennent le pouvoir.
La paix sociale ne se décrète pas. Elle se construit par des choix courageux, parfois difficiles, mais nécessaires. Les oppositions doivent jouer pleinement leur rôle, avec sens de la République, mais le pouvoir doit comprendre qu’une gouvernance fermée fragilise l’État, tandis qu’une gouvernance inclusive le renforce.
Des actes politiques forts pour réconcilier la nation
Le moment est venu de passer des intentions aux décisions. Le Président de la République a aujourd’hui l’occasion de marquer l’histoire non par la force, mais par la grandeur.
Des gestes concrets s’imposent :
• la libération des prisonniers politiques, pour rompre avec la logique de tension et restaurer la confiance ;
• l’ouverture d’un dialogue franc et sécurisé avec les exilés politiques, afin de favoriser leur retour digne et apaisé ;
• l’affirmation claire d’une justice indépendante, impartiale et crédible, pilier fondamental de toute nation stable.
Ces mesures ne fragiliseraient pas l’État. Elles le consolideraient. Elles ne remettraient pas en cause l’autorité du Président ; elles l’élèveraient.
Développer la Guinée exige la stabilité et la confiance
Aucun programme économique, aucune réforme institutionnelle, aucun projet de transformation ne peut prospérer dans un pays divisé. L’investissement fuit l’instabilité. Le développement recule lorsque la méfiance s’installe.
La Guinée a besoin d’un climat politique apaisé pour libérer son potentiel humain, économique et social. Elle a besoin d’un leadership rassembleur, capable d’écouter, de corriger et d’anticiper.
L’épreuve de la hauteur d’État
L’histoire ne retiendra ni les slogans ni les postures. Elle retiendra les choix. Elle retiendra ceux qui auront préféré la nation à leur camp, la paix à la revanche, l’avenir à l’instant.
La Guinée mérite un pouvoir fort, mais juste. Autoritaire dans la vision, mais humain dans l’exercice.
Car au-dessus des hommes, des élections et des divergences politiques, il y a une seule chose qui doit nous unir : la Guinée.
Par Aboubacar Sidiki Wattara, Analyste politique










