À Son Excellence Mamadi Doumbouya,
Président de la République de Guinée,
Conakry, Guinée.
À Son Excellence Julius Maada Bio,
Président de la République de Sierra Leone,
Freetown, Sierra Leone.
Excellences,
En tant que citoyen guinéen profondément attaché à la paix et à l’unité de notre région, je m’adresse à vous par cette lettre ouverte pour exprimer ma vive préoccupation concernant le conflit frontalier récent à Falaba. Cet incident, survenu en février 2026 et impliquant la détention de 16 soldats sierra-léonais par les forces armées guinéennes après une allégation d’incursion frontalière et de levée de drapeau, ravive des tensions historiques liées aux frontières imprécises tracées par les puissances coloniales britanniques et françaises. Ce différend, qui remonte à la guerre civile sierra-léonaise de 1991-2002 et à des disputes comme celle de Yenga, menace non seulement la stabilité locale mais aussi les liens profonds qui unissent nos deux nations. Je vous implore de privilégier le dialogue et la résolution pacifique pour préserver l’harmonie entre nos peuples.
Nos deux pays, la Guinée et la Sierra Leone, partagent une histoire riche et entrelacée qui transcende les frontières. Depuis nos indépendances respectives – la Guinée en 1958 et la Sierra Leone en 1961 – nous avons cultivé des relations fraternelles, malgré des tensions initiales dues aux alignements de la Guerre froide. En 1960, le Président Ahmed Sékou Touré a visité Freetown, où il a qualifié nos nations d’États sœurs avec le Premier Ministre Milton Margai, marquant un engagement pour une coopération accrue. Cette amitié s’est renforcée en 1964 par un Accord-cadre de Coopération couvrant le commerce, les paiements, les télécommunications, les transports, les échanges culturels et les conventions judiciaires, suivi en 1967 d’un Pacte de Défense Mutuelle.
Les bons rapports qui lient nos pays sont multiples et profonds :
– Liens historiques et sécuritaires : La Guinée a soutenu la Sierra Leone lors de sa guerre civile, en déployant des troupes pour combattre les rebelles et en offrant refuge à des centaines de milliers de Sierra-Léonais (environ 370 000 ont fui vers la Guinée). En 1971, les troupes guinéennes sont intervenues pour aider Siaka Stevens à rester au pouvoir, marquant la première intervention d’un État subsaharien dans un autre. Nos nations font partie de l’Union du Fleuve Mano (MRU) avec le Libéria, fondée pour promouvoir la coopération économique, la sécurité et le commerce équitable. L’ECOWAS joue un rôle clé dans la médiation de nos différends, favorisant la démilitarisation et la confiance mutuelle.
– Liens économiques : Nos économies sont interdépendantes, avec une frontière de 794 km facilitant le commerce. La Sierra Leone importe annuellement environ 42 millions de dollars de biens de la Guinée. Les deux pays possèdent d’abondantes ressources minières (bauxite, minerai de fer, diamants) et un potentiel agricole et hydroélectrique énorme. La coopération frontalière est essentielle pour le développement, évitant les disruptions économiques et les déplacements de communautés comme les Kissi.
– Liens culturels et sociaux : Nos peuples partagent des ethnies communes, des liens familiaux et des histoires entrelacées. Des comités conjoints, comme ceux entre la Guinée et la Sierra Leone pour prévenir les conflits entre éleveurs et agriculteurs, renforcent la cohésion sociale et favorisent le vivre-ensemble. Nous assistons mutuellement à des événements culturels, et nos frontières ne sont pas des barrières mais des ponts pour les familles et les communautés.
Maintenir et renforcer ces liens est impératif pour un avenir radieux pour nos populations respectives. La paix et la cohésion sociale garantissent la stabilité, essentielle pour attirer les investissements dans nos ressources naturelles et agricoles, créant des emplois pour nos jeunesses (où le chômage touche 60 % en Guinée). Une coopération accrue dans le commerce et la sécurité prévient les conflits, réduit les déplacements forcés et favorise le développement durable. En préservant le vivre-ensemble, nous honorons notre héritage commun et construisons une région prospère, où nos peuples – unis par l’histoire et la géographie – prospèrent ensemble. Sans cela, nous risquons l’instabilité, la perte économique et la division sociale, comme vu dans les conflits passés.
Excellences, je vous exhorte à engager un dialogue immédiat sous l’égide de l’ECOWAS pour résoudre ce différend pacifiquement. Renforcez les mécanismes de coopération existants et promouvez des messages de paix, de cohésion et d’unité. Nos peuples méritent un avenir de prospérité partagée, non de division. Que l’esprit de fraternité qui nous lie depuis des décennies guide vos actions.
Avec respect et espoir,
Mohamed Saliou CAMARA – Journaliste – Citoyen guinéen – Conakry, Guinée – E-mail : [email protected] – Tél : +224620711095










