17 (et plus) pays africains ont paraphé les accords bilatéraux de santé « America First » de l’administration Trump. Derrière les promesses de milliards, un déséquilibre criant qui pèse lourdement sur des économies déjà fragiles.
Sous couvert d’une nouvelle « stratégie America First Global Health », les États-Unis ont conclu, depuis fin 2025, une série d’accords bilatéraux de coopération sanitaire avec de nombreux pays africains. Présentés comme une transition vers des partenariats « responsables » et « durables », ces mémorandums d’entente (MoU) portent sur un total cumulé dépassant les 20 milliards de dollars sur cinq ans (2026-2030), dont environ 11 à 13 milliards engagés par Washington et le reste à la charge des États africains.
Selon les listes les plus citées par les médias africains et internationaux (Business Insider Africa, The Guardian, Health Policy Watch), au moins 17 pays africains ont signé ces accords controversés. La liste consolidée comprend :
– Kenya
– Nigeria
– Rwanda
– Uganda
– Liberia
– Lesotho
– Eswatini
– Mozambique
– Cameroun
– Côte d’Ivoire
– Burkina Faso
– Niger
– République démocratique du Congo (RDC)
– Madagascar
– Sierra Leone
– Botswana
– Éthiopie
D’autres sources évoquent jusqu’à 19-22 pays africains signataires (incluant parfois le Burundi, le Malawi, la Guinée, le Sénégal ou l’Angola selon les mises à jour), tandis que la Zambie et le Zimbabwe ont refusé ou retiré leur participation, dénonçant des termes « inéquitables » et des exigences excessives.
Les désavantages majeurs pour l’Afrique
Derrière les annonces chiffrées se cache un modèle transactionnel qui impose aux pays africains des contreparties lourdes :
1. Cofinancement obligatoire et pression budgétaire :
Les États doivent augmenter drastiquement leurs propres dépenses de santé (parfois jusqu’à 37 % du total du package). Pour le Nigeria, par exemple, sur un deal de 5,1 milliards, environ 3 milliards proviennent d’Abuja. Le Kenya doit mobiliser près de 850 millions de dollars supplémentaires. Dans des pays où les budgets santé sont déjà squelettiques et la dette publique écrasante, ce cofinancement risque de détourner des fonds de l’éducation, des infrastructures ou de la sécurité alimentaire, aggravant les vulnérabilités structurelles.
2. Partage massif de données de santé :
Les accords exigent un accès rapide et étendu aux systèmes de surveillance des maladies, aux données épidémiologiques, aux échantillons de pathogènes et aux bases de données numérisées. Les critiques (société civile africaine, Guardian, Al Jazeera) y voient un risque réel de « perte de souveraineté biomédicale » : les données sensibles (potentiellement identifiables) pourraient bénéficier à l’industrie pharmaceutique ou biotech américaine sans garantie claire de partage équitable des bénéfices (brevets, vaccins, diagnostics issus de ces données). Certains accords prévoient un accès sur 10 à 25 ans, bien au-delà de la durée du financement.
3. Réduction progressive de l’aide américaine :
L’objectif affiché est la « self-reliance » (autonomie). En pratique, cela se traduit par une baisse progressive de la contribution US, alors que les pays africains héritent de la charge complète des programmes (achats de médicaments, salaires des agents de santé). Des analyses montrent des baisses nettes de financement pour plusieurs pays par rapport à l’ère PEPFAR/USAID classique.
4. Déséquilibre de pouvoir et clauses « léonines » :
Négociés dans un contexte de démantèlement de l’USAID et de retrait de l’OMS, ces accords sont souvent décrits comme « lop-sided » (déséquilibrés) ou « immoraux ». Des voix africaines et internationales dénoncent un « impérialisme biomédical » : l’Afrique fournit les données et les cofinancements, tandis que les États-Unis sécurisent leur propre protection sanitaire (détection précoce des pandémies) et promeuvent leurs innovations et entreprises. Dans certains cas, les négociations ont été liées à l’accès aux minerais critiques (cobalt, cuivre, lithium).
Zambie et Zimbabwe ont résisté précisément pour ces raisons : exigences de partage de données jugées excessives et conditions perçues comme une forme de chantage (menace de couper les fonds existants).
Une « aide » qui interroge
Du côté américain, ces accords sont présentés comme une rupture salutaire avec l’aide « charité » infinie : plus de responsabilité locale, meilleure efficacité, protection des intérêts nationaux. Du côté africain, de nombreuses organisations de la société civile et analystes y voient un braquage moderne : l’Afrique, continent le plus touché par le VIH, le paludisme et la tuberculose, se voit contrainte d’acheter sa « survie sanitaire » au prix de sa souveraineté sur les données et de sacrifices budgétaires insoutenables.
Alors que l’implémentation commence en 2026, la question reste ouverte : ces pactes vont-ils réellement renforcer les systèmes de santé africains ou accélérer une nouvelle forme d’extraction – cette fois-ci, celle des données de santé d’une population vulnérable ?
L’Afrique paiera-t-elle le prix fort pour une aide qui, hier encore, se voulait inconditionnelle ?
La Rédaction












