La prolifération des drogues synthétiques constitue aujourd’hui le défi le plus pressant et le plus complexe en matière de santé publique et de sécurité pour l’Afrique de l’Ouest. Cette menace, qui s’ajoute à celle du trafic de cocaïne et au blanchiment d’argent qui l’accompagne, a été au cœur des débats lors d’un dialogue de haut niveau réuni récemment dans la capitale ghanéenne.
Organisée par le Royaume des Pays-Bas, la République du Ghana et la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, cette rencontre a réuni l’ensemble des acteurs impliqués dans la lutte contre la drogue : ministres de l’Intérieur et de la Sécurité, procureurs, directeurs des offices centraux de lutte contre le trafic de stupéfiants, représentants du Comité interministériel de lutte contre la drogue, responsables des centres de prise en charge, ainsi que des acteurs de la société civile.
Participant à cette rencontre, M. Yamoussa Bangoura, coordinateur de l’ONG Service d’Aide aux Jeunes en Situation Difficile par la Drogue en République de Guinée a résumé l’ampleur du problème :
« La montée en puissance des drogues synthétiques, combinée à une intensification du trafic de cocaïne, génère des conséquences multiples et profondes sur les populations de la région. Face à cette dynamique criminelle, des mesures stratégiques et opérationnelles s’imposent pour préserver la stabilité et la santé publique ».
Les participants ont formulé un ensemble de recommandations visant à répondre à cette crise multidimensionnelle. Parmi les propositions phares figurent le renforcement des politiques et des stratégies régionales pour entraver les réseaux de la criminalité transnationale organisée. L’implication active de toutes les parties prenantes – y compris les consommateurs, la société civile, les universités et les étudiants – est jugée indispensable pour construire des réponses adaptées et légitimes.
D’autres mesures prioritaires incluent la production systématique de données probantes pour mieux cerner l’ampleur et les dynamiques du phénomène, ainsi que le renforcement de la coopération et de la collaboration entre les États, en particulier dans la sécurisation des frontières terrestres et maritimes. L’harmonisation des législations relatives aux drogues à travers l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest a également été identifiée comme une étape cruciale pour combler les failles exploitées par les trafiquants.
Enfin, la création d’un tribunal spécial dédié aux affaires de trafic et de consommation de stupéfiants a été proposée comme un instrument institutionnel susceptible de garantir une réponse judiciaire plus efficace et coordonnée à l’échelle régionale.
Ce dialogue d’Accra intervient dans un contexte où les drogues synthétiques, en particulier les amphétamines et les nouvelles substances psychoactives, gagnent rapidement du terrain sur les marchés illicites de la région, compliquant les efforts de lutte contre le narcotrafic traditionnel. Les experts soulignent que l’absence d’une réponse collective et harmonisée risque de transformer l’Afrique de l’Ouest en un espace de transit et de consommation incontrôlé, avec des répercussions sociales et sécuritaires majeures.
Les recommandations issues de cette rencontre constituent une feuille de route claire pour les décideurs régionaux. Leur mise en œuvre nécessitera cependant une volonté politique forte et une coordination renforcée entre les États, les institutions sous-régionales et les partenaires internationaux. En l’absence d’une telle mobilisation, la région risque de voir l’emprise des drogues synthétiques et des réseaux criminels associés s’étendre, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour les populations et la stabilité de l’espace ouest-africain.
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