Les défenseurs de l’ancien dignitaire du régime de Dadis Camara affirment que son déplacement vers la prison de Coyah, sans décision de justice, viole les procédures légales. Ils exigent son retour immédiat à Conakry.
Le collectif des avocats du Commandant Aboubacar Diakité, dit « Toumba », a dénoncé avec vigueur ce vendredi le transfèrement de leur client de la maison centrale de Conakry vers la prison civile de Coyah. Ils qualifient cette opération de « mesure arbitraire » prise en violation du code de procédure pénale guinéen.
L’affaire a commencé à s’ébruiter sur les réseaux sociaux dès le 9 février, laissant entendre une première « extraction vers une destination inconnue ». Rapidement interpellé, le Procureur Général près la Cour d’Appel de Conakry avait alors assuré aux avocats, le jour même, que la situation était « rentrée dans l’ordre » après leur visite à leur client.
Mais, dans un nouveau rebondissement ce 10 février, le collectif a appris que le transfèrement était finalement en cours vers la prison de Coyah. Une information confirmée par le même Procureur Général, qui s’est cependant refusé à désigner l’autorité signataire de cet ordre.
Une procédure jugée illégale
Pour les défenseurs de Toumba, ce transfert constitue une illégalité manifeste. Ils rappellent que leur client, condamné en première instance en juillet 2024 à dix ans d’emprisonnement pour des faits remontant à 2017, purgeait sa peine à la maison centrale de Conakry dans l’attente de son procès en appel. Il y aurait déjà effectué 8 ans, 10 mois et 27 jours de détention.
« Ce transfèrement est intervenu sans qu’aucune juridiction compétente n’ait préalablement statué », affirment-ils dans leur communiqué.
Ils s’appuient sur les articles 1113, 1019 et 1020 du Code de Procédure Pénale, qui réservent ce pouvoir au tribunal ou à la cour ayant prononcé la sentence, ou à la Chambre de Contrôle de l’Instruction du ressort de détention.
En agissant ainsi, l’Administration Pénitentiaire « s’est adjugée un pouvoir qui appartient exclusivement aux juridictions », estiment les avocats, dénonçant une violation du « principe de la légalité de la détention », des « droits à la défense » et du « droit à un recours effectif ».
Exigences du collectif
Face à ce qu’ils considèrent comme un précédent dangereux pour l’État de droit, les avocats exigent :
- 1. La cessation immédiate de cette mesure,
- 2. Le retour immédiat d’Aboubacar Diakité à la maison centrale de Conakry, où un mandat de dépôt régulier justifiait sa détention, contrairement à Coyah où aucun titre de détention n’existerait à son encontre.
« Nous dénonçons avec la plus grande fermeté cette pratique qui fragilise l’autorité de la justice et porte atteinte à la sécurité juridique des justiciables », conclut le collectif, mettant en garde contre la banalisation d’actes purement administratifs affectant profondément les droits des détenus.
Les autorités judiciaires et pénitentiaires n’ont pas encore officiellement réagi à ces accusations.
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