Addis-Abeba, 11 février 2026 – Alors que la 48e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine s’ouvrait sur le thème de l’eau et de l’assainissement, c’est un discours sans détour qu’a livré M. Claver Gatete, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
« Les règles du développement sont en train de changer », a-t-il prévenu, devant les ministres et délégués réunis dans la capitale éthiopienne.
La fin d’un modèle externe
« Pendant des décennies, nous avons exporté des matières premières et importé des produits manufacturés, financés par l’aide et les flux concessionnels. Ce modèle n’est plus viable. »
Alors que la croissance mondiale ralentit, que le capital se raréfie et que les tensions commerciales redessinent la géographie des échanges, M. Gatete a livré un constat implacable : l’Afrique ne peut plus attendre son développement de l’extérieur. « Notre développement doit s’organiser de plus en plus autour de notre propre système économique continental. »
L’eau comme levier de productivité, pas seulement comme service social
Derrière le thème officiel de la session – « Garantir un accès durable à l’eau et à des systèmes d’assainissement sûrs » –, le haut responsable onusien a proposé une lecture résolument économique.
« L’eau et l’assainissement ne sont pas seulement des services sociaux. Ce sont des infrastructures économiques. »
Il a rappelé les chiffres qui fâchent : 300 millions d’Africains sans accès à l’eau potable, 780 millions sans installations sanitaires décentes, et 115 décès évitables par heure liés à des maladies hydriques.
Conséquence : une productivité en berne, des dépenses de santé qui explosent, et des investisseurs qui hésitent. « Aucune zone industrielle ne peut être compétitive sans un approvisionnement fiable en eau. »
Cinq priorités pour sortir de la dépendance
Pour sortir le continent de cette impasse, M. Gatete a déroulé une feuille de route articulée autour de cinq axes :
1. Mobiliser le financement autrement : renforcer la mobilisation des ressources intérieures, améliorer la notation de crédit des États africains (19 pays n’ont jamais été notés), et utiliser des instruments innovants comme les obligations vertes ou bleues.
2. Penser les infrastructures en réseau : l’eau, l’énergie, les transports et le numérique doivent être planifiés ensemble pour irriguer les bassins industriels et les corridors logistiques.
3. Créer de la valeur ajoutée : avec la ZLECAf comme colonne vertébrale, l’Afrique doit cesser d’exporter ses minerais bruts et développer des chaînes de valeur régionales dans l’agro-industrie, la pharmacie ou les minéraux verts.
4. Intégrer les marchés : éliminer les barrières tarifaires et non tarifaires, harmoniser les normes, fluidifier les douanes. « Notre marché continental permet une organisation interne de la production. »
5. Exploiter la donnée comme infrastructure : plateformes numériques, intelligence artificielle, systèmes fiscaux modernisés – la technologie doit devenir un levier de compétitivité.
« L’Afrique peut façonner l’économie mondiale »
Dans un contexte marqué par le repli des aides, la hausse des coûts d’emprunt et la compétition pour le contrôle des ressources stratégiques, le ton de M. Gatete n’était ni à l’alarme ni à l’auto-commisération.
« L’Afrique possède les terres, l’énergie renouvelable, les minerais critiques et une jeunesse. Ce qu’il nous faut, c’est de la coordination. »
Conclusion du Secrétaire exécutif : « Si nous finançons nos infrastructures, intégrons nos marchés, valorisons nos ressources et développons nos échanges, alors l’Afrique ne se contentera pas de participer à l’économie mondiale – elle contribuera à la façonner. »
Mohamed Saliou CAMARA – E-mail [email protected] – +224620711095










