Addis-Abeba, 14 février 2026 – C’est un discours teinté d’émotion et de fermeté qu’António Guterres a livré ce samedi devant le Sommet de l’Union africaine. À moins d’un an de la fin de son mandat, le Secrétaire général de l’ONU a choisi la capitale éthiopienne pour adresser un message puissant : celui d’un partenariat indéfectible entre les deux institutions, mais aussi celui d’un réquisitoire contre l’injustice faite à l’Afrique.
« Nous sommes en 2026, pas en 1946 »
Dès ses premières phrases, Guterres a tenu à rendre hommage à la « solidarité indéfectible » du Groupe des États d’Afrique à l’ONU, une « force » qui l’a personnellement marqué et soutenu tout au long de ses deux mandats. Mais très vite, le ton s’est fait plus combatif.
« L’absence de sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité est indéfendable. Nous sommes en 2026, pas en 1946. »
Une déclaration qui a fait mouche dans l’hémicycle. Alors que les réformes du Conseil de sécurité piétinent depuis des décennies, le chef de l’ONU a réaffirmé avec force que « l’Afrique doit avoir voix au chapitre », martelant que le multilatéralisme du XXIe siècle ne peut se construire sans une représentation équitable du continent.
Soudan, RDC, Sahel : l’appel à l’action
Sur le front de la paix, Guterres n’a éludé aucun des foyers de tension qui déchirent le continent. Au Soudan, il a exigé l’arrêt immédiat des hostilités et la reprise d’un dialogue politique inclusif. En République démocratique du Congo, il a appelé au respect de l’intégrité territoriale et à un cessez-le-feu immédiat. Au Sahel, il a plaidé pour une coordination renforcée face au terrorisme et aux déplacements de populations.
Mais c’est sur le dossier somalien que son ton s’est fait le plus amer.
« Je regrette que les membres du Conseil de sécurité n’aient pas réussi à s’entendre pour financer la Mission d’appui et de stabilisation de l’Union africaine au moyen des contributions statutaires. S’il est une Mission qui mérite l’appui de la communauté internationale, c’est bien celle-ci », a-t-il lancé, dénonçant implicitement les blocages politiques qui entravent le financement des opérations de paix africaines.
« 4 000 milliards de déficit, des taux d’emprunt huit fois supérieurs » : la charge économique
Le Secrétaire général a ensuite dressé un tableau sans concession de la situation économique du continent. « Les pays en développement font face à un déficit de financement des Objectifs de développement durable de quatre mille milliards de dollars par an. »
Il a dénoncé avec vigueur l’injustice des marchés financiers : « Les pays africains paient des taux d’emprunt jusqu’à huit fois supérieurs à ceux des économies avancées. » Un écart qui, selon lui, condamne le continent à rembourser davantage qu’il ne reçoit d’aide, tout en étant victime de flux financiers illicites massifs.
Son plaidoyer ? Réformer en profondeur l’architecture financière internationale, tripler la capacité de prêt des banques multilatérales, et donner à l’Afrique « une voix et une participation pleines et entières dans les institutions financières ».
« Halte à l’exploitation, halte au pillage »
Sur le climat, Guterres a rappelé le paradoxe africain : le continent concentre 60 % du potentiel solaire mondial mais ne reçoit que 2 % des investissements dans les énergies propres. « Alors qu’elle n’a pratiquement pas contribué à la crise, l’Afrique est confrontée à un réchauffement plus rapide que la moyenne. »
Il a exigé que les pays développés triplent leur financement de l’adaptation, et que l’Afrique bénéficie enfin de ses propres ressources. « Halte à l’exploitation. Halte au pillage. Les peuples d’Afrique doivent bénéficier des ressources de l’Afrique », a-t-il tonné, en référence aux minerais critiques nécessaires à la transition énergétique mondiale.
Un adieu qui n’en est pas un
Mais le moment le plus fort du discours restera sans doute sa conclusion, personnelle et vibrante. Alors que certains voyaient dans ce Sommet un « adieu » du Secrétaire général, Guterres a tenu à rectifier :
« Je peux vous garantir que jusqu’à la fin de mon mandat, l’Afrique sera la priorité numéro un de l’ONU dans toutes ses activités. Et que le partenariat entre l’Union africaine et l’ONU sera notre partenariat stratégique le plus important. »
Avant d’ajouter, la voix chargée d’émotion :
« Après le 31 décembre, je peux vous garantir que, où que je sois, quoi que je fasse, l’Afrique sera toujours au centre de mes préoccupations et de ma solidarité active. »
Une promesse faite à un continent qu’il n’a cessé de défendre, et qui lui a rendu, par une standing ovation, un hommage mérité.
Mohamed Saliou CAMARA – E-mail : [email protected] – Tél : +224620711095










