La nouvelle est tombée comme une consécration attendue : le Général Amara Camara, ministre secrétaire général de la Présidence de la République, vient d’être élevé, par Son Excellence Mamadi Doumbouya, au prestigieux grade de Général de Corps d’Armée.
Pour beaucoup, il s’agit d’une distinction militaire. Pour d’autres, c’est la reconnaissance d’un parcours. Pour moi, c’est aussi le rappel d’un souvenir très précis, presque ordinaire en apparence, mais révélateur d’un homme de valeur.
Un souvenir qui remonte à 2014, au rond-point de Cosa.
Ce jour-là, j’étais en voiture avec mon grand frère. Nous roulions sur l’autoroute Le Prince, venant de Bambeto en direction d’Enco 5. À peine avions-nous dépassé le rond-point qu’une voiture sortant de la T3 (Tannerie-Cosa) heurta la nôtre.
Rien de dramatique, mais suffisamment pour nous obliger à nous arrêter. Nous avons garé notre véhicule. L’autre voiture s’est immobilisée un peu devant nous.
Elle transportait quatre ou cinq personnes. Mais un seul homme descendit : le conducteur. Il était en civil.
Il s’avança vers nous avec calme et nous salua. Nous lui répondîmes. La discussion commença naturellement autour de l’accident. Comme cela arrive souvent dans ce genre de situation, le ton sembla, à un moment, vouloir monter, de mon côté, je l’avoue.
Mais l’homme eut un réflexe rare : il nous calma immédiatement et proposa que la police vienne constater les faits.
Un officier de police arriva peu après et fit son travail avec méthode. À la fin du constat, il déclara sans ambiguïté que le conducteur de l’autre véhicule était clairement en tort.
La réaction de ce dernier fut immédiate. Sans la moindre hésitation, il reconnut sa responsabilité et présenta ses excuses.
Puis il sortit de sa poche une liasse de billets neufs, probablement 400 000 ou 600 000 francs guinéens, qu’il nous tendit pour la réparation du dommage.
Nous avons refusé l’argent. Son humilité, son respect et surtout son honnêteté à reconnaître son tort nous avaient largement suffi.
La discussion se termina alors dans une atmosphère étonnamment cordiale pour une scène d’accident. Nous avons même échangé nos numéros de téléphone.
Lorsque nous voulumes enregistrer son contact, mon grand frère lui demanda simplement :
_— Quel est votre nom ?_
Il répondit :
_— Amara Camara._
Si ma mémoire est fidèle, il avait même précisé : Commandant Amara Camara.
En quittant les lieux, mon grand frère et moi étions sincèrement surpris. Nous venions de rencontrer un militaire d’une courtoisie incroyable, d’une maîtrise de soi extraordinaire et d’une humilité peu communes.
Nous nous étions dit, presque spontanément :
_Si cet homme continue ainsi, il ira très loin._
Deux jours plus tard, une autre scène vint confirmer cette impression.
Le commandant Amara Camara rendait visite à sa belle-famille dans un quartier dont je ne peux révéler le nom. Profitant de l’occasion, il passa saluer un autre de mes grands frères dont la concession est voisine à celle de sa belle-famille ; il est le premier imam du quartier.
Nous étions assis avec lui lorsqu’il arriva. En nous voyant, il marqua un instant d’étonnement :
_— Vous ? Que faites-vous ici ?_
Mon grand frère répondit simplement :
_— Ce sont mes jeunes frères._
Il se tourna alors vers l’imam et dit avec un sourire :
_— Eh Elhadj ! Dieu m’a sauvé. Heureusement que je ne me suis pas mal comporté avant-hier._
À ce moment, mon grand frère — celui qui était avec moi à Cosa — déclara à l’imam :
_— C’est de lui que je te parlais, au sujet de l’accident que nous avons eu à Cosa._
Nous avons échangé quelques instants dans une atmosphère fraternelle, puis il prit congé.
Les années ont passé. Puis vint le 5 Septembre 2021. Au lendemain des événements, alors que les communiqués du CNRD étaient lus à la télévision, mon grand frère, depuis les États-Unis, m’appela.
Il me demanda :
_— As-tu reconnu Amara Camara qui lit les communiqués du CNRD à la télévision ?_
Je répondis instinctivement, en pensant directement à lui :
_— Non… mais ce n’est quand même pas celui qu’on avait rencontré à Cosa ? Celui-ci est un peu plus gros._
Il me répondit en riant :
_— Mais qui t’a dit qu’il ne pouvait pas grossir ? C’est bien lui._
Je lui ai alors dit, presque comme une évidence :
_— Alors sa conduite l’a conduit là. Bravo._
Après sa nomination au poste de Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, il m’a aussi appelé. Nous en avons parlé.
Aujourd’hui, alors qu’il est élevé au grade de Général de Corps d’Armée, je tiens à livrer ce témoignage pour l’histoire. Parce que les hommes ne commencent pas à être ce qu’ils sont le jour où ils accèdent au pouvoir. Ils le sont bien avant.
Dans la manière de gérer un accident.
Dans la capacité de reconnaître une faute.
Dans le respect accordé aux autres.
Dans l’humilité avec laquelle on se comporte lorsque personne ne regarde.
Et ce que j’observe aujourd’hui me confirme que cet homme est resté fidèle à lui-même : humble, accessible et ouvert à tous, convaincu que le respect, l’honnêteté et la simplicité peuvent ouvrir des portes auxquelles on ne s’attendait même pas.
Pour moi, cette ascension n’est nullement une surprise. C’est le parcours logique d’un homme de valeur.
Elle est simplement la conséquence logique de valeurs déjà visibles bien avant les honneurs.
Toutes mes félicitations, Mon Général de Corps d’Armée !
_Que Dieu, dans Son infinie puissance, vous bénisse davantage et vous protège pour toujours !_
Par Bassamba Amine
-Juriste et Politologue-










