Depuis plus de 15 ans, l’Afrique s’est officiellement déclarée zone exempte d’armes nucléaires, grâce au Traité de Pelindaba.
Le traité a pris le nom de Pelindaba à la suite de la proposition d’un des négociateurs sud-africains, recueillant l’assentiment des autres négociateurs en raison du double sens du mot. En effet, d’une part, le mot « pelindaba » vient de l’expression zouloue phelile indaba, qui peut se traduire par « le problème, la discussion est réglée » ou « l’incident est clos ». D’autre part, Pelindaba est également le nom de la localité (située à une trentaine de kilomètres de Johannesbourg) où se trouvait le centre de recherche nucléaire où furent conçues, construites et entreposées les armes nucléaires sud-africaines
Ce texte historique, qui interdit le développement, la possession, le stockage et même le stationnement d’armes nucléaires sur tout le continent, représente l’une des plus grandes réussites du désarmement africain.
Ouvert à la signature le 11 avril 1996 au Caire (Égypte), le traité – officiellement nommé Traité sur la zone exempte d’armes nucléaires en Afrique – est entré en vigueur le 15 juillet 2009, après la 28e ratification (celle du Burundi). Il couvre l’ensemble du continent africain ainsi que les îles relevant de l’Union africaine, formant ainsi la plus vaste zone dénucléarisée du monde (plus de 30 millions de km²).
Les États parties s’engagent fermement à ne pas :
– Rechercher, développer, fabriquer, acquérir, posséder ou stocker d’armes nucléaires ;
– Autoriser le stationnement d’armes nucléaires étrangères sur leur sol ;
– Procéder à des essais nucléaires ;
– Permettre le déversement de déchets radioactifs radioactifs.
En contrepartie, le traité promeut activement les usages pacifiques du nucléaire (énergie, santé, agriculture, recherche), sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Contexte historique : de la dénucléarisation rêvée à la réalité
L’idée remonte à 1964, avec la Déclaration de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA, ancêtre de l’Union africaine) pour une Afrique dénucléarisée. Les essais nucléaires français au Sahara algérien (années 1960-1970) ont renforcé cette détermination. Dans les années 1980, l’Afrique du Sud devient la seule puissance nucléaire du continent (avec 6 bombes), avant de les démanteler volontairement entre 1989 et 1991. Après la fin de l’apartheid, Pretoria joue un rôle moteur pour faire aboutir le traité.
Aujourd’hui, 44 États ont ratifié le texte (dernières données actualisées), et presque tous les pays africains l’ont signé. Les grandes puissances nucléaires (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) ont adhéré aux protocoles annexes, s’engageant à respecter la zone et à ne pas menacer ni utiliser d’armes nucléaires contre les pays africains.
La Guinée, actrice précoce de ce combat
La République de Guinée a été parmi les premiers signataires : elle a apposé sa signature dès le 11 avril 1996 au Caire. Elle a ensuite ratifié le traité le 26 mai 1999, avec dépôt de l’instrument de ratification le 21 janvier 2000 – faisant d’elle l’un des États pionniers ayant contribué à l’entrée en vigueur du traité neuf ans plus tard.
En tant que membre engagé de l’Union africaine et partisan du désarmement, la Guinée renforce ainsi son engagement pour la paix régionale et mondiale, tout en favorisant les coopérations nucléaires pacifiques sur le continent.
Ce traité reste un symbole fort : l’Afrique, malgré ses défis, a su unir ses voix pour dire non aux armes les plus destructrices de l’humanité. Une leçon de diplomatie collective qui continue d’inspirer.
Mohamed Saliou CAMARA – Journaliste d’investigation, Fact-checker, Data analyst et Spécialiste régional du nucléaire – E-mail : [email protected]










