
Conakry, 17 septembre 2026 – C’est un moment historique pour la statistique et l’économie guinéennes. Ce jeudi, les autorités ont officiellement lancé à Conakry le tout premier Recensement général des entreprises (RGE-1). Porté par le ministère du Plan, de la Coopération internationale et du Développement à travers l’Institut national de la statistique (INS), l’opération mobilise déjà des centaines d’agents sur le terrain et s’inscrit pleinement dans la vision de transformation économique du programme Simandou 2040.
La cérémonie a réuni des représentants de la Banque mondiale (partenaire financier via le projet Fasoc), des membres du gouvernement, des acteurs du secteur privé et des responsables territoriaux. Elle marque le passage de la phase de sensibilisation à la collecte effective des données, qui doit durer deux mois.
Une photographie inédite du tissu productif national
Pour le Dr Makan Doumbouya, directeur général de l’INS, le RGE-1 vient combler un manque criant. « Le gouvernement guinéen est engagé dans le processus de transformation de notre économie. Cette ambition est portée par le programme socio-économique durable et responsable Simandou 2040 », a-t-il rappelé. Après le RGPH-4 (recensement de la population et de l’habitation), le rebasage des comptes nationaux et la sixième enquête démographique et de santé, le pays se dote enfin d’un outil pour connaître précisément ses entreprises.
L’opération vise à localiser les unités économiques sur l’ensemble du territoire, à identifier leurs branches d’activité, leurs tailles, les emplois créés, les investissements et les obstacles à leur développement. Elle couvre aussi bien le secteur formel qu’informel, les PME, les artisans, les commerçants, mais aussi les entreprises publiques. Huit phases structurent le processus : travaux préparatoires, sensibilisation, cartographie, recensement pilote, recrutement et formation, collecte, traitement et diffusion des résultats.
Plus de 1 100 agents ont été présélectionnés et formés. Après évaluation, 912 d’entre eux ont été retenus et déployés immédiatement. Leur formation a porté sur la méthodologie, les outils numériques, les techniques de collecte, les questions de genre, d’hygiène et de sécurité. Le Dr Doumbouya a appelé à la rigueur et au professionnalisme : « La réussite du RGE-1 dépend de la qualité du travail des agents sur le terrain. »
Il a également sollicité l’accueil chaleureux des entreprises et le soutien des autorités administratives et locales, tout en remerciant la Banque mondiale pour son appui financier.
Le secteur privé se mobilise massivement
Mamadou Baldé, président de la Chambre nationale de commerce et d’industrie de Guinée (CCIAG), a salué une initiative « capitale ». Il a raconté avoir déjà été confronté, lors de forums internationaux, à l’absence de statistiques fiables sur les entreprises guinéennes. « Toute entreprise qui ne se fait pas recenser se considère comme une personne qui n’a pas de passeport », a-t-il martelé.
La CCIAG, vice-présidente des chambres de commerce d’Afrique et membre de plusieurs instances continentales et européennes, s’engage pleinement. « Le secteur privé de la Guinée aujourd’hui est le plus bénéficiaire de ce recensement. » Baldé a lancé un appel solennel à tous les acteurs privés : « Acceptez de vous engager immédiatement… La chambre de commerce a déjà composé toutes les missions qui seront à votre disposition. »
Des données pour orienter les réformes industrielles et commerciales
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Aboubacar Kourouma, a insisté sur la complémentarité entre son département et celui du Plan. « Les entreprises qui seront recensées constituent pour une large part les acteurs économiques avec lesquels notre département travaille quotidiennement. Notre implication n’est donc pas seulement souhaitable, elle est déterminante. »
Il a souligné un chiffre alarmant : le taux de mortalité des entreprises avoisine les 65 %. Le RGE-1 doit permettre d’identifier les causes – accès au financement, fiscalité, logistique, délais administratifs, coûts de l’énergie, formalisation, accès aux marchés publics, foncier industriel – afin d’orienter les réformes. « Mieux connaître nos entreprises, c’est mieux planifier. Mieux planifier, c’est mieux orienter l’investissement. Et mieux orienter l’investissement, c’est accélérer la transformation économique de notre pays. »
Kourouma a rappelé que le recensement concerne aussi le secteur public et a invité tous les opérateurs, formels ou informels, à accueillir les agents et à fournir des informations fiables.
L’administration territoriale au service de la réussite
La ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a apporté le soutien total des gouverneurs, préfets, sous-préfets et maires. « Ce travail est un travail pour le développement local à la base. C’est un travail qui va permettre de mobiliser les recettes propres des communes et d’amorcer le développement dans nos collectivités territoriales. »
Une étape de souveraineté économique selon le ministre du Plan
Dans son discours de clôture, le ministre Ismaël Nabé a présenté le RGE-1 comme une étape historique. L’opération doit fournir une base fiable pour décider, orienter les politiques publiques et soutenir la transformation économique. Elle remplace les estimations et informations fragmentées par une connaissance précise : nombre d’entreprises, localisation, secteurs, taille, emplois, besoins, potentiels et obstacles.
Plus de 1 000 agents vont parcourir le territoire. Leur mission est « une contribution à la mémoire économique de la Guinée ». Nabé a insisté sur la responsabilité collective : administration, agents, entrepreneurs. « Le RGE-1 n’est pas un instrument de contrôle, mais un outil de connaissance, de planification et d’accompagnement. »
Inscrit dans Simandou 2040, le recensement doit contribuer à une économie plus diversifiée, productive, industrielle et créatrice d’emplois. « La donnée est un patrimoine stratégique. Le RGE-1 est une opération de connaissance nationale, de souveraineté économique et de préparation de l’avenir. »
Un outil pour l’avenir
Avec le déploiement immédiat des agents, la Guinée entre dans une phase concrète de collecte. Les résultats, attendus après traitement et analyse, devraient constituer un référentiel inédit pour les politiques publiques, l’accompagnement des PME, l’attractivité des investissements et le suivi des objectifs de développement.
Le message est clair : chaque entreprise compte, chaque information est utile. Pour la première fois dans son histoire, la Guinée se dote d’une photographie exhaustive de son appareil productif. Un pas décisif vers une économie fondée sur la connaissance, la planification et la transformation durable.
Mohamed Saliou CAMARA










