À l’ouverture de sa rentrée académique 2026-2027, ce samedi 17 octobre, l’Académie des Sciences de Guinée réaffirme sa vocation : éclairer les politiques publiques par les données scientifiques, renforcer la recherche nationale et transformer le potentiel naturel de la Guinée en capacités technologiques, industrielles et humaines durables. Retour sur la naissance juridique de cette institution et sur les grands enjeux qui se dessinent à l’horizon 2040.

La science guinéenne entend désormais occuper une place plus centrale dans les choix qui déterminent l’avenir du pays. À l’occasion de la rentrée académique 2026-2027 de l’Académie des Sciences de Guinée (ASG), les universitaires, chercheurs, responsables publics et personnalités invités ont placé la connaissance, la technologie et l’innovation au cœur d’une réflexion directement articulée au programme Simandou 2040.
La cérémonie, placée sous la présidence du Chef de l’État, s’est tenue à Conakry en présence notamment du président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Mme Djami Diallo, ainsi que de plusieurs diplomates, anciens Premiers ministres, parlementaires, chercheurs et acteurs de la culture.
Mais derrière cette rentrée académique se trouve une question institutionnelle plus profonde : quelle place la Guinée veut-elle réellement donner à sa communauté scientifique dans la transformation économique et sociale du pays ?
Une création juridiquement fondée sur une loi, puis promulguée par décret
L’histoire récente de l’Académie des Sciences de Guinée mérite une clarification.
L’ASG est issue d’un processus engagé dès 2017 par un groupe de scientifiques et d’universitaires guinéens désireux de doter le pays d’une institution scientifique de haut niveau. Selon les informations publiées par l’Académie elle-même, quatorze universitaires ont été à l’origine de cette dynamique, avant que d’autres scientifiques ne rejoignent le processus. ([asguinee.org][2])
La consécration juridique intervient en 2019.
La loi L/2019/058/AN du 30 décembre 2019, portant création, organisation et fonctionnement de l’Académie des Sciences de Guinée, dispose dans son premier article qu’il est créé une Académie des Sciences de Guinée, abrégée ASG. Le texte la définit comme une autorité scientifique indépendante et pérenne de haut niveau, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière.
Cette loi a ensuite été promulguée par le décret D2020/005/PRG/SGG du 8 janvier 2020. L’Académie confirme elle-même cette séquence juridique : création par la loi de décembre 2019, puis promulgation par décret en janvier 2020.
Cette distinction est importante sur le plan institutionnel : le décret de janvier 2020 n’est donc pas le texte autonome qui crée l’Académie ; il constitue l’acte de promulgation de la loi portant sa création.
Une autorité scientifique indépendante au sommet de l’écosystème national
Le législateur guinéen a voulu conférer à l’Académie une place particulière dans l’architecture scientifique nationale.
La loi prévoit qu’elle rassemble des scientifiques ainsi que des personnalités des arts et des lettres guinéens et étrangers de haut niveau, choisis parmi les plus éminents par leurs pairs. Elle est placée sous le parrainage du ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et sous la haute protection du Président de la République.
Cette architecture traduit une conception particulière du rôle d’une académie scientifique : elle n’est pas simplement un établissement d’enseignement supérieur supplémentaire. Elle constitue un espace de réflexion, d’expertise, d’évaluation et de conseil.
La mission fondamentale qui lui est assignée est de contribuer au développement socio-économique de la Guinée par les sciences, les lettres, les arts et la culture.
La loi lui confie notamment la responsabilité d’apporter son expertise à l’État et aux institutions publiques et privées dans la conception et la mise en œuvre des politiques nationales de recherche scientifique et d’innovation, de promouvoir une recherche de qualité, de développer la culture scientifique et de veiller à la qualité de l’enseignement scientifique.
Elle doit également contribuer à susciter des vocations scientifiques, notamment chez les jeunes et les filles, favoriser le dialogue entre science et société et promouvoir l’éthique dans l’acquisition et l’utilisation des résultats scientifiques.
Autrement dit, l’Académie a vocation à faire le lien entre le savoir produit par les chercheurs et les décisions prises par les responsables publics.
Cinq collèges pour couvrir les grands champs du savoir
L’organisation institutionnelle de l’ASG repose sur cinq collèges :
le Collège des sciences et techniques ;
le Collège des sciences naturelles et agronomiques ;
le Collège des sciences de la santé ;
le Collège des sciences humaines et sociales, des arts et de la culture ;
le Collège des sciences juridiques, politiques et économiques.
La loi précise également que la dimension des savoirs traditionnels est prise en compte dans chacun des collèges.
Cette organisation traduit une approche interdisciplinaire. Les défis auxquels la Guinée est confrontée ne relèvent en effet presque jamais d’une seule discipline.
La gestion d’un bassin hydrographique nécessite par exemple des hydrologues, des géologues, des agronomes, des spécialistes de l’environnement, mais aussi des économistes et des chercheurs en sciences sociales. La transformation industrielle des ressources minières mobilise quant à elle la géologie, la chimie, l’ingénierie, l’énergie, la logistique, l’économie et le droit.
La science utile au développement est donc nécessairement une science capable de croiser les disciplines.
« La science doit constituer un pilier essentiel de notre développement »
C’est précisément cette vision qu’a défendue le professeur Mamadou Aliou Baldé, président de l’Académie des Sciences de Guinée, lors de la rentrée académique 2026-2027.
Dans son discours d’ouverture, il a rappelé que l’Académie est désormais à sa troisième rentrée académique et qu’elle entend se positionner comme un espace de convergence de chercheurs dont l’expertise nationale et internationale est reconnue.

Depuis sa création, l’ASG affirme avoir travaillé sur plusieurs problématiques : recherche scientifique, pharmacopée et médecine traditionnelle, biodiversité, santé publique, intelligence artificielle, numérique, patrimoine culturel et développement durable. Elle a également développé des liens avec des réseaux africains et ouest-africains d’académies des sciences.
Son président a surtout insisté sur un impératif : inscrire davantage la recherche dans les priorités nationales.
« La science doit constituer un pilier essentiel de notre développement », a-t-il souligné dans son intervention.
Cette orientation prend une résonance particulière avec Simandou 2040, présenté comme une opportunité de faire de l’exploitation des ressources un point de départ vers une économie plus diversifiée et plus technologique.
Kabiné Komara : transformer la richesse naturelle en capacité scientifique
La leçon inaugurale de cette rentrée académique a été confiée à l’ancien Premier ministre Kabiné Komara.

Son intervention, intitulée « Technologie et Innovation : Pourquoi devons-nous y accorder une priorité absolue pour le développement de notre pays ? », a proposé une lecture du développement guinéen à partir d’un paradoxe : un pays riche en ressources naturelles mais dont les capacités scientifiques et technologiques doivent encore être considérablement renforcées.
Selon les données présentées dans son intervention, la Guinée représente une part considérable de la production mondiale de bauxite, tandis que l’effort de recherche-développement demeure faible comparativement aux niveaux mondiaux.
La question posée est donc fondamentale : comment transformer une richesse extraite du sous-sol en une richesse durable construite par l’intelligence, la compétence et l’innovation ?
La réponse avancée repose sur plusieurs piliers : éducation scientifique, formation technique, recherche appliquée, infrastructures énergétiques et numériques, financement de l’innovation et rapprochement entre universités, entreprises et administrations.
De la possession d’une technologie à sa maîtrise
L’une des idées fortes développées durant la conférence inaugurale est que l’achat d’un équipement ne signifie pas nécessairement l’acquisition d’une capacité technologique.
Une machine peut être importée sans que les compétences nécessaires à son entretien, à sa réparation, à son adaptation ou à son amélioration soient disponibles localement.
La véritable souveraineté technologique commence donc lorsque le pays dispose de professionnels capables de comprendre, exploiter, maintenir et améliorer les technologies qu’il utilise.
Cette distinction est fondamentale pour une économie comme celle de la Guinée.
Dans le secteur minier, par exemple, la valeur ajoutée ne se limite pas à l’extraction du minerai. Elle englobe également l’exploration géologique, l’analyse en laboratoire, la maintenance industrielle, la logistique, le transport, les services numériques, la sécurité, l’environnement et la transformation.
La technologie devient ainsi un instrument de diversification.
Simandou 2040 : transformer le boom minier en capital humain
La conférence a également insisté sur la nécessité de ne pas considérer les grands projets miniers uniquement sous l’angle des revenus immédiats.
L’enjeu stratégique serait plutôt de convertir les investissements et les revenus issus des ressources naturelles en capital humain, infrastructures, entreprises nationales, laboratoires, centres de formation et capacités de recherche.
Dans cette perspective, Simandou peut devenir davantage qu’un projet minier : il peut constituer un laboratoire grandeur nature pour l’apprentissage industriel guinéen.
Plus de 600 kilomètres de chemin de fer, des infrastructures portuaires, des chaînes logistiques et une capacité d’exportation appelée à augmenter nécessiteront des compétences dans la maintenance, l’électricité, la mécanique, les télécommunications, la géologie, la métallurgie, la sécurité et l’environnement.
La question fondamentale devient alors celle du transfert de compétences.
Combien de techniciens guinéens seront formés ? Combien d’entreprises nationales pourront devenir des fournisseurs compétitifs ? Combien de laboratoires seront capables d’effectuer localement les analyses nécessaires ? Quelle part de la valeur technologique restera durablement dans le pays ?
Ce sont précisément ces indicateurs qui permettront de mesurer la dimension réellement transformatrice des grands investissements.
Agriculture, eau et énergie : la technologie au service de l’économie réelle
La vision présentée lors de cette rentrée ne se limite pas aux mines.
L’agriculture apparaît comme l’un des secteurs dans lesquels les innovations peuvent produire des effets immédiats.
Réduire les pertes post-récolte grâce au séchage, au stockage, à la chaîne du froid, à l’emballage et à la transformation peut augmenter la quantité effectivement commercialisable sans nécessairement accroître les surfaces cultivées.
L’irrigation constitue un autre enjeu.
La maîtrise de l’eau, la connaissance des sols et l’utilisation des prévisions météorologiques peuvent contribuer à réduire la vulnérabilité de l’agriculture aux variations climatiques.
La Guinée dispose par ailleurs d’une position hydrographique stratégique. Selon les données présentées dans la conférence, le pays compte près de 1 200 cours d’eau répartis dans 23 bassins, dont 14 sont internationaux.
Cette situation fait de l’eau non seulement une ressource agricole et énergétique, mais également un enjeu de coopération régionale et d’hydrodiplomatie.
Intelligence artificielle : opportunité, mais aussi exigence de responsabilité
L’intelligence artificielle figure également parmi les technologies appelées à transformer les administrations, les entreprises et certains secteurs sociaux.
Elle peut contribuer à analyser des documents, automatiser certaines tâches, détecter des anomalies ou améliorer la planification.
Mais la conférence met en garde contre une adoption technologique dépourvue de cadre.
Dans la santé ou les décisions administratives sensibles, l’utilisation de systèmes automatisés doit rester accompagnée de contrôles humains, de procédures de vérification et de mécanismes de responsabilité.
L’enjeu n’est donc pas simplement d’introduire l’intelligence artificielle en Guinée, mais de développer les compétences permettant de **l’utiliser de manière fiable, éthique et adaptée aux réalités nationales.
Huit priorités scientifiques pour la Guinée de demain
La conférence inaugurale propose également huit domaines de recherche considérés comme stratégiques :
Le développement spatial ; la connaissance et la protection des ressources hydriques ; les recherches sociologiques sur le vivre-ensemble ; la connaissance du milieu marin ; le contrôle du chargement des navires minéraliers ; l’identification des métaux critiques ; la valorisation de la flore ; et l’accompagnement de la créativité technologique de la jeunesse.
Cette liste traduit une volonté de construire une recherche directement connectée aux actifs stratégiques du pays.
Dans le domaine spatial, par exemple, l’utilisation des données satellitaires peut contribuer au suivi des cultures, des forêts, des zones minières et des ressources en eau.
Pour l’hydrogéologie, la combinaison de données satellitaires, d’études géophysiques et d’observations de terrain peut contribuer à cartographier les nappes souterraines et à mieux planifier les forages.
Dans le domaine maritime, la cartographie des fonds, l’analyse des courants et la surveillance de la qualité de l’eau peuvent renforcer la gestion des ressources halieutiques et la protection du littoral.
Métaux critiques : la prochaine frontière de la connaissance géologique
La connaissance du sous-sol constitue également une priorité.
L’objectif n’est plus seulement de connaître les ressources minières traditionnellement exploitées, mais d’identifier les substances susceptibles d’acquérir une importance stratégique dans les nouvelles chaînes industrielles.
Lithium, cobalt, terres rares, gallium et autres matériaux critiques sont associés à de nombreuses technologies contemporaines, notamment dans les batteries, les équipements électroniques et certaines applications énergétiques.
La question du gallium, notamment, mérite une attention particulière dans un pays producteur de bauxite. Le gallium peut être récupéré comme sous-produit de certaines étapes de transformation de la bauxite en alumine.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une présence géologique suffit à établir l’existence d’une ressource économiquement exploitable. Il faut mesurer les concentrations, les volumes récupérables, les coûts de traitement, les procédés disponibles et les impacts environnementaux.
C’est précisément là que la recherche scientifique peut jouer un rôle stratégique.
Contrôler la quantité, connaître la qualité
La question du contrôle des exportations minières constitue un autre exemple de l’importance des capacités scientifiques.
La conférence préconise un système combinant instruments de pesée étalonnés, analyses de laboratoire, prélèvements représentatifs et contrôle indépendant des cargaisons.
La distinction entre tonnes humides et tonnes sèches constitue notamment un paramètre technique déterminant.
À titre illustratif, une cargaison de 100 000 tonnes contenant 10 % d’eau correspond à 90 000 tonnes de matière sèche.
La conférence mentionne également le contrôle renforcé effectué en 2025 par le Bureau d’Évaluation Qualité et Quantité, avec la découverte, selon les données présentées, d’un surplus de 400 000 tonnes de bauxite non déclarées.
Cette question illustre un principe plus général : la souveraineté économique dépend aussi de la capacité à mesurer.
Sans instruments fiables, laboratoires performants et données vérifiables, un État dispose de moins de moyens pour contrôler ses ressources, sécuriser ses recettes et défendre ses intérêts contractuels.
La biodiversité comme capital scientifique
La recherche ne concerne pas uniquement le sous-sol.
La biodiversité guinéenne constitue également un patrimoine économique et scientifique considérable.
Selon les données présentées dans la conférence, l’inventaire publié en 2023 recense 3 901 espèces de plantes vasculaires, dont 3 505 indigènes.
La valorisation de cette biodiversité pourrait concerner l’alimentation, les produits naturels, la cosmétique ou encore certaines recherches pharmaceutiques.
Mais cette valorisation doit reposer sur des protocoles scientifiques, la sécurité sanitaire, la protection des écosystèmes et la reconnaissance des savoirs locaux.
L’enjeu est donc de passer d’une logique d’exploitation à une logique de **connaissance, de conservation et de valorisation durable.
Le capital humain, véritable infrastructure de Simandou 2040
Au-delà des machines et des infrastructures, un facteur revient constamment dans la réflexion : le capital humain.
Un équipement industriel sans technicien compétent devient rapidement un actif sous-utilisé.
Un laboratoire sans chercheurs formés ne peut produire les résultats attendus.
Une infrastructure numérique sans spécialistes capables d’en assurer la cybersécurité et la maintenance reste vulnérable.
C’est pourquoi la formation technique et professionnelle constitue l’un des fondements de la stratégie proposée.
Les métiers concernés vont de la maintenance industrielle à l’électricité, au froid, aux données, à la cybersécurité et à la gestion des équipements.
La conférence insiste également sur la nécessité d’élargir l’accès des femmes aux carrières scientifiques. Les données de l’UNESCO citées dans le texte situent à 31,4 % la part des femmes parmi les chercheurs dans le monde en 2023.
La Guinée devra donc agir simultanément sur les bourses, le mentorat, les stages, l’accès aux équipements et les possibilités de carrière.
Une Académie appelée à devenir davantage qu’un symbole
Dans son intervention, le président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, a formulé une attente institutionnelle particulièrement forte : faire en sorte que les choix publics reposent davantage sur les données scientifiques.
Il a insisté sur trois verbes : apprendre, comprendre et vérifier.
Selon lui, les travaux scientifiques doivent pouvoir alimenter les réflexions parlementaires, notamment sur le budget, les politiques publiques et les mécanismes d’évaluation.
Cette vision rejoint directement la mission définie par la loi portant création de l’ASG : apporter son expertise à l’État et aux institutions dans les domaines relevant des sciences, de la recherche et de l’innovation. La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Mme Djami Diallo, a pour sa part annoncé une volonté d’associer plus régulièrement l’Académie aux travaux liés à la science, à la technologie et à l’innovation.
Elle a également souligné la nécessité de rapprocher les chercheurs des universités, des entreprises et des administrations.
De la science produite à la décision éclairée
C’est probablement là que se trouve le principal défi de l’Académie des Sciences de Guinée.
Une académie scientifique ne se mesure pas seulement au nombre de conférences organisées ou de personnalités qui la composent. Sa valeur institutionnelle se mesure aussi à sa capacité à produire des avis indépendants, documentés, vérifiables et utilisables par les décideurs.
La loi lui donne précisément cette fonction.
Son organisation en collèges permet d’aborder les problématiques nationales sous plusieurs angles. Son indépendance doit favoriser l’expertise. Ses liens avec les réseaux scientifiques africains et internationaux peuvent renforcer l’accès à l’expertise mondiale.
Mais l’impact final dépendra de la relation entre la recherche et l’action publique.
La Guinée dispose désormais du cadre institutionnel nécessaire. L’enjeu consiste à faire vivre ce cadre.
Une institution née en 2019 face au rendez-vous de 2040
Sept années après la consécration juridique de l’Académie, la rentrée académique 2026-2027 intervient dans un contexte particulier.
La Guinée connaît une accélération de ses investissements miniers, une transformation progressive de ses infrastructures et une ambition affichée autour de l’horizon Simandou 2040.
Dans ce contexte, la question scientifique devient indissociable de la question économique.
Le pays devra connaître son sous-sol, surveiller ses ressources hydriques, protéger sa biodiversité, maîtriser ses infrastructures, former ses ingénieurs, développer ses chercheurs, accompagner ses entrepreneurs et mesurer les résultats de ses politiques.
Autrement dit, la transformation ne pourra pas être uniquement financière ou infrastructurelle. Elle devra être également cognitive.
Le véritable enjeu de Simandou 2040 sera donc de savoir si la Guinée réussira à transformer une partie de ses richesses naturelles en richesses de connaissance.
Le pari d’une souveraineté fondée sur le savoir
La conclusion de la conférence inaugurale rejoint finalement la raison d’être même de l’Académie.
La Guinée n’a pas nécessairement vocation à produire elle-même toutes les technologies dont elle aura besoin. Elle doit en revanche être capable de les comprendre, de les choisir, de les négocier, de les adapter et de les maintenir.
Cette capacité de choix constitue une forme de souveraineté.
La richesse minière est une dotation naturelle. La compétence scientifique, elle, est une construction.
Elle exige des années de formation, des laboratoires, des financements, des institutions solides, des données fiables, une culture de l’évaluation et une continuité dans les politiques publiques.
C’est précisément sur ce terrain que l’Académie des Sciences de Guinée pourrait trouver sa raison d’être la plus stratégique.
Créée juridiquement par la loi du 30 décembre 2019 et placée sous la haute protection du Président de la République après sa promulgation en janvier 2020, l’ASG dispose aujourd’hui d’un mandat qui dépasse largement la seule représentation symbolique du monde scientifique.
Elle doit contribuer à faire de la connaissance un instrument de décision, de l’innovation un outil de transformation et de la recherche une composante permanente de la politique nationale.
À l’horizon 2040, la question pourrait finalement être résumée ainsi :
la Guinée saura-t-elle transformer la puissance de ses ressources naturelles en puissance durable de ses compétences ?
La réponse dépendra autant des investissements réalisés dans les mines, les ports et les chemins de fer que de ceux consacrés aux laboratoires, aux universités, aux chercheurs, aux ingénieurs, aux enseignants et à la jeunesse scientifique.
C’est dans cette articulation entre ressources, technologie, recherche et capital humain que se joue peut-être la véritable portée de Simandou 2040.
Et c’est précisément dans cet espace que l’Académie des Sciences de Guinée entend désormais inscrire son action.
Par Mohamed Saliou CAMARA










