C’est officiel. Le président burundais Évariste Ndayishimiye a pris, à l’occasion du 39ᵉ sommet d’Addis-Abeba, la présidence tournante de l’Union africaine. Un leadership qui s’annonce d’emblée sous haute tension, alors que le continent fait face à une cascade de crises sécuritaires et politiques, du Sahel aux Grands Lacs en passant par la Corne de l’Afrique.
Un « monsieur Sahel » à la tête de l’UA
La prise de fonction d’Évariste Ndayishimiye n’est pas anodine. Depuis juillet 2025, le chef d’État burundais était déjà l’« envoyé spécial » de l’UA pour le Sahel. Une région où la prolifération des groupes terroristes, selon les mots du nouveau président de la Commission Mahmoud Ali Youssouf, constitue « le plus gros problème » auquel l’organisation panafricaine est confrontée.
Dans son discours de passation, M. Ndayishimiye a clairement affiché sa feuille de route : « Il faut créer des solidarités entre les États de la région pour combattre ensemble. Les dirigeants de ces États ont besoin d’être approchés pour chercher le retour rapide à l’ordre constitutionnel et aussi les aider à stabiliser leurs États. »
Une approche qui mêle fermeté de principe et pragmatisme opérationnel, alors que les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso – réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) – restent suspendus des instances de l’UA. Officiellement, l’organisation maintient le dialogue avec eux, sans les réintégrer.
RDC, Soudan : le test des médiations africaines.
Le nouveau président de l’UA hérite également de dossiers régionaux explosifs. Sur la guerre à l’est de la République démocratique du Congo, Évariste Ndayishimiye a rappelé l’importance d’une application stricte des accords de paix de Washington. Il s’est dit favorable à une « force d’interposition », couplée à « un processus de désarmement et de démobilisation des combattants ».
En coulisses, son équipe affiche la volonté de reprendre la main sur la médiation, pour ne pas laisser les partenaires extérieurs piloter seuls les négociations. Un défi de taille, alors que les rebelles de l’AFC et du M23 restent actifs sur le terrain.
Le Soudan, en revanche, brille par l’absence de déclarations officielles de la nouvelle présidence – un silence que les ONG, comme Human Rights Watch, n’ont pas manqué de relever, évoquant une « occasion manquée de condamner les atrocités ».
Lutte antiterroriste : la plateforme des dix-huit
L’une des premières annonces concrètes du sommet concerne la création, « dans les prochaines semaines », d’une « plateforme commune » réunissant dix-huit pays sur les questions de sécurité. Un outil qui pourrait permettre de coordonner les efforts, notamment avec la Cédéao – dont les chefs d’état-major se réuniront à Freetown fin février pour organiser leur force en attente.
L’objectif affiché par la nouvelle présidence : « Faire taire les armes » sur l’ensemble du continent, un leitmotiv de l’UA depuis plusieurs années, mais qui se heurte à la réalité des terrains de conflit.
Justice historique : la colonisation reconnue comme « crime contre l’humanité »
Au-delà des urgences sécuritaires, le sommet d’Addis-Abeba a aussi été marqué par des avancées symboliques majeures, que le nouveau président portera désormais sur la scène internationale.
Les dirigeants africains ont officiellement reconnu la colonisation comme « crime contre l’humanité ». Surtout, le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé, sous l’égide de l’UA, le dépôt en mars 2026 d’une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies pour faire reconnaître la traite des esclaves africains comme « le plus grave crime contre l’humanité ».
Un combat pour la justice réparatrice qu’Évariste Ndayishimiye a promis de porter avec « détermination », s’inscrivant dans la lignée des discours d’António Guterres, qui, quelques jours plus tôt devant le même sommet, avait martelé : « L’absence de sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité est indéfendable. »
Une présidence sous le signe de la crédibilité
À peine intronisé, Évariste Ndayishimiye doit donc conjuguer urgence et ambition. D’un côté, des crises qui s’enlisent et une institution souvent critiquée pour son impuissance. De l’autre, une volonté affichée de faire de l’UA un acteur incontournable des médiations et un porte-voix du continent dans les grands combats globaux.
Entre le défi de la lutte antiterroriste, la pression des putschistes et l’exigence de réparations historiques, le président burundais hérite d’un agenda surchargé. Sa capacité à transformer les résolutions d’Addis-Abeba en actions sur le terrain sera le véritable test de sa présidence.
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