L’ancien chef de la diplomatie française lance un appel à ne pas renoncer au droit international, dans un entretien où il critique sévèrement le rôle des États-Unis dans le désordre mondial.
« Ne sous-estimons pas la responsabilité des Américains dans le désordre du monde aujourd’hui. »
À l’heure où les crises internationales s’enchaînent et où l’unilatéralisme gagne du terrain, Dominique de Villepin, figure emblématique du refus de la guerre en Irak en 2003, sort de sa réserve. Dans un entretien fleuve, l’ancien Premier ministre français revient sur ce qu’il considère comme un tournant historique et adresse un avertissement aux démocraties occidentales.
Le souvenir d’un veto historique
Pour Dominique de Villepin, 2003 reste une année charnière. « Nous avions encore le pouvoir de dire non », martèle-t-il. Un « non » adressé aux États-Unis et au Royaume-Uni qui cherchaient à faire avaliser par le Conseil de sécurité des Nations unies leur intervention militaire en Irak. Un « non » contre « le deux poids, deux mesures, l’arbitraire, le détournement » de l’institution onusienne.
Ce refus, porté depuis la tribune de l’ONU par celui qui était alors ministre des Affaires étrangères, n’était pas qu’un geste d’opposition. C’était, selon lui, « dire au monde, au Sud global, qu’il existait encore en Occident des pays capables de défendre la règle de droit. »
De l’Irak à l’Iran : une crédibilité perdue ?
Villepin souligne les conséquences positives de cette ligne diplomatique. Cette « crédibilité » acquise par la France à ce moment critique a permis, quelques mois plus tard, d’engager avec l’Allemagne et le Royaume-Uni les discussions qui mèneront au premier accord sur le nucléaire iranien. Un exemple concret de ce que la fermeté sur les principes peut apporter à la sécurité collective.
L’avertissement : ne pas renoncer au droit
Mais l’ancien ministre ne se contente pas d’une leçon d’histoire. Son propos est un cri d’alarme pour le présent.
S’il reconnaît la responsabilité américaine dans « le désordre du monde aujourd’hui », Dominique de Villepin refuse catégoriquement la « politique du pire ». Celle qui consisterait, par désespoir ou par réalisme, à abandonner les principes face au chaos ambiant.
Son message est clair : « Je refuse, pour la France, pour l’Europe, de renoncer à l’État de droit comme au droit international. » Dans un monde où les enjeux intérieurs et extérieurs sont « désormais parfaitement liés », abandonner le droit, c’est, selon lui, se priver de son meilleur bouclier.
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