À Dakar, les discours hostiles visant les ressortissants guinéens se multiplient depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux. Ambassadeur, autorités sénégalaises et responsables politiques multiplient les appels au calme et à la fraternité.
Depuis début 2026, une vague de propos stigmatisants circule en ligne, ciblant particulièrement la communauté guinéenne installée au Sénégal. Des appels à des actions, voire à des expulsions, ont été relayés, notamment autour du 15 juillet. L’ONG Horizon Sans Frontières et le député Mbaye Dione ont alors tiré la sonnette d’alarme, demandant aux autorités de prévenir tout débordement.
Selon les données du recensement de 2023 de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), environ 83 830 Guinéens vivent au Sénégal. Ils représentent 40,3 % des étrangers recensés dans le pays, soit la plus importante communauté étrangère, loin devant les Maliens.
Le 16 septembre 2026, l’ambassadeur de Guinée à Dakar, Mandjou Dioubaté, a réuni des doyens de la communauté. Son message a été clair :
« Nul ne pourra vous chasser du Sénégal, c’est une certitude. Ce n’est d’ailleurs absolument pas la volonté du gouvernement sénégalais. »
Le diplomate a toutefois rappelé à ses compatriotes l’obligation de respecter strictement les lois du pays d’accueil. « Tant que nous respectons ces règles, nous pourrons vivre ici cent ans sans le moindre problème », a-t-il insisté.
Quelques jours plus tôt, le Premier ministre sénégalais Ahmadou Al Aminou Lo avait lui-même condamné fermement ces discours devant l’Assemblée nationale, estimant qu’ils n’avaient « pas leur place » dans un pays connu pour sa tradition d’hospitalité.
Le 5 octobre, le premier vice-président de l’Assemblée nationale sénégalaise, El Malick Ndiaye, en visite à Conakry pour la rentrée parlementaire guinéenne, a à son tour dénoncé la xénophobie. « Les discours de rejet, de stigmatisation ou de xénophobie n’ont leur place ni entre Sénégalais et Guinéens, ni dans l’Afrique que nous voulons bâtir », a-t-il déclaré, soulignant les liens historiques, familiaux et économiques entre les deux peuples.
Malgré les tensions sur les réseaux sociaux, les relations officielles entre Dakar et Conakry restent stables. Les présidents Bassirou Diomaye Faye et Mamadi Doumbouya communiquent régulièrement. Les responsables des deux pays insistent sur une même ligne : préserver la fraternité tout en exigeant le respect des lois.
Pour l’instant, aucune mesure d’expulsion collective n’a été annoncée. La communauté guinéenne, présente de longue date dans le commerce, les services et l’investissement, continue de vivre et de travailler au Sénégal, dans un climat que les autorités s’emploient à apaiser.
Par Mohamed Saliou CAMARA










