Depuis quelques jours, une déclaration du Premier Imam suscite beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux. J’ai pris le temps d’écouter attentivement son intervention avant de me faire une opinion.
Au-delà des interprétations que chacun peut en faire, j’ai surtout retenu un message du Premier Imam. Il dit, en substance, que si nous avons foi en Dieu et croyons à la vie dans l’au-delà, lorsque nous ouvrons la bouche, nous devons prononcer des paroles de bonheur et de bien.
J’ai également entendu un appel à placer notre confiance en Dieu. Il a aussi affirmé que rien n’arrivera à la Guinée et exprimé une inquiétude face à certaines conséquences de l’évolution de notre société et des nouvelles technologies sur nos valeurs, nos rapports humains et le respect que nous nous devons les uns aux autres.
On peut être d’accord ou ne pas être d’accord avec le Premier Imam. On peut critiquer un responsable religieux, une autorité publique ou n’importe quelle personnalité. La liberté d’expression doit être protégée. Mais critiquer n’oblige pas à insulter, à humilier ou à manquer de respect.
Et surtout, évitons de transformer chaque divergence en affrontement entre deux camps.
Avant de demander aux religieux, aux autorités ou aux autres citoyens de se remettre en question, regardons-nous également nous-mêmes.
Est-ce que notre manière de débattre est digne ? Sommes-nous encore capables de contredire quelqu’un sans l’insulter ?
Nos publications contribuent-elles à éclairer notre société ou simplement à blesser et à diviser ?
Les nouvelles technologies nous donnent aujourd’hui une puissance extraordinaire : en quelques secondes, une parole peut atteindre des milliers de personnes. Mais cette puissance doit aller de pair avec une responsabilité.
Respecter nos aînés, ce n’est pas renoncer à notre liberté.
Respecter nos religieux n’interdit pas de les questionner.
Respecter nos institutions n’empêche pas de dénoncer leurs insuffisances.
Et exercer sa liberté d’expression ne donne pas le droit de porter atteinte à la dignité d’autrui.
JE LANCE UN APPEL AU PARDON ET À L’APAISEMENT.
Aujourd’hui, l’activiste Bella Bah a été interpellé. Des informations circulent également faisant état d’une éventuelle plainte du Premier Imam. N’étant pas en mesure d’en confirmer personnellement l’existence ni les circonstances, je préfère ne pas présenter cette information comme un fait établi.
Cependant, au regard de la situation actuelle, je voudrais respectueusement lancer un appel au Premier Imam de la République.
En sa qualité de haute autorité religieuse et de père spirituel pour de nombreux musulmans de notre pays, nous sollicitons humblement son pardon et sa clémence à l’endroit de notre frère Bella Bah, malgré les propos qui ont pu être tenus à son encontre.
Pardonner ne signifie pas approuver l’insulte. Pardonner ne signifie pas renoncer au respect dû à nos responsables religieux. Le pardon peut aussi être une manière d’enseigner, de rassembler et d’apaiser.
Si une démarche du Premier Imam peut contribuer, dans le respect des lois et des procédures de notre République, à l’apaisement de cette situation, nous l’encourageons respectueusement à privilégier cette voie.
Dans le même esprit, nous appelons l’ensemble des citoyens et des activistes présents sur les réseaux sociaux à faire de la liberté d’expression un instrument de construction et non d’humiliation.
Une société juste ne répond pas à l’excès par l’excès.
Notre pays a besoin de débats, de critiques et de citoyens vigilants. Mais il a également besoin de respect, de responsabilité, de tolérance et de mesure.
La liberté nous donne le droit de parler.
La responsabilité nous apprend comment parler.
Le pardon nous permet parfois de nous retrouver.
Et la citoyenneté nous rappelle que, malgré nos différences, nous avons une même nation à préserver.
Par Amadou BARRY
Président de la Plateforme Nationale de l’Union Citoyenne pour l’Émergence de la Guinée (PN-UCEG)










