Conakry, 24 janvier 2023 – Ce qui devait être une simple journée de retour de l’école s’est transformé en cauchemar pour Mamadou Bobo Bah, alors âgé de 19 ans et élève en 8ᵉ année. Accompagné de son ami Oumar, les deux adolescents rentraient chez eux après l’annonce d’une grève et d’une manifestation politique. Pour éviter les grands axes et les risques liés aux rassemblements, ils avaient prudemment choisi les petites rues de leur quartier.
Voici le témoignage glaçant de Mamadou Bobo Bah, témoin direct de la mort de son camarade :
« Cela a commencé aujourd’hui, lorsque nous étions dans notre salle de classe. Les cours avaient débuté et c’est vers 11 heures que notre directeur est venu nous informer que la grève avait commencé. Nous avons alors été libérés afin de regagner nos domiciles.
Mon ami Oumar et moi étions sur le chemin du retour. En cours de route, un pickup de la police est apparu devant nous. Il n’y avait aucune issue pour s’enfuir. Ils ont directement tiré à bout portant sur mon ami Oumar. Tellement paniqué, je ne me suis même pas rendu compte que mon ami avait reçu une balle.
J’ai vu mon ami Oumar tomber. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il avait reçu une balle. J’ai vu mon ami saigner abondamment. J’ai immédiatement su qu’il avait reçu une balle au niveau de la poitrine.Sur place, j’ai vu un policier se diriger vers nous. J’ai eu une peur inexplicable. Je ne pouvais même pas bouger mes pieds ni courir. Il nous a alors dit en français : « On vous a dit de ne pas sortir, on va tous vous tuer. » Mais il n’avait pas su que mon ami avait déjà succombé à ses blessures.
Dès que le policier s’est rendu compte de l’état dans lequel se trouvait mon ami, il a compris que ce dernier avait rendu l’âme. Il s’est immédiatement retourné, est remonté dans son pickup de service et ils ont rebroussé chemin.
Dès que j’ai vu le policier en question, je l’ai reconnu. Nous sommes dans le même quartier. Son nom est Ahmadou Touré, mais il est surnommé Margui. J’ai été surpris, car je ne m’attendais pas à ce que cet homme puisse commettre un tel acte de barbarie sur l’un d’entre nous.
Je demande justice pour mon ami, car le coupable est connu de tous. C’est tout ce que nous sollicitons de la part de l’État. La victime n’a commis aucun acte allant à l’encontre de la loi. D’ailleurs, nous avions évité les routes principales pour ne pas être confrontés à ce genre d’incident. Nous avions choisi de passer par le quartier pour éviter les problèmes avec les forces de l’ordre. Mais nous n’avons pas échappé à notre destin fatal, pourtant c’est exactement ce que nous craignions, mon défunt ami et moi.
Nous avons été victimes d’une pure et simple exécution.
On nous avait dit que l’année 2023 est une année de paix et de justice. Nous demandons à l’État d’honorer ses engagements et de faire valoir la justice. »
La peur s’installe dans la famille
De l’hôpital Donka, l’équipe de Bambouguinee.com s’est rendue au domicile de la victime, où la famille d’Oumar était plongée dans une profonde détresse.
« Je suis aujourd’hui dévasté par cette triste nouvelle. Mon fils a été tué alors qu’il quittait l’école. Seul Allah a le dernier mot. Donc que son âme repose en paix, amina », a confié, la voix brisée, le père d’Oumar.
Même émotion chez la maman d’Oumar, anéantie par la perte brutale de son fils.
« Ils ont tué mon fils Oumar sans qu’il n’ait rien fait. Mon enfant de 19 ans est parti sans me dire aurevoir. Je ne vais jamais le revoir de la vie. Je me remets à la justice Divine du tout puissant », a-t-elle déclaré en larmes.
Toujours au micro de Bambouguinee.com, une proche d’Oumar, sous le choc, a lancé un cri du cœur. Attristée par la mort de son voisin, Idiatou Sow a livré ses sentiments :
« Oumar était mon confident. C’est ce matin qu’on s’est séparés. Toute la famille l’aimait à cause de sa gentillesse. C’était juste un élève et il rentrait de l’école. Mon cœur pleure.
Nous prions l’État de faire toute la lumière sur cette affaire et de renforcer encore notre sécurité. Aujourd’hui on vit dans la peur. »
Ce témoignage poignant met en lumière la violence qui a endeuillé de nombreux jeunes Guinéens lors des mouvements de contestation et des grèves à caractère politique à Conakry.
La Rédaction












