Condamné à 11 ans de prison au Canada pour agressions sexuelles, l’ancien magnat de la mode fait face à de graves accusations de trafic sexuel. Des vidéos et témoignages révèlent une fixation macabre sur les tissus biologiques de jeunes femmes noires.
Peter Nygard, ex-milliardaire canadien de 83 ans et fondateur de l’empire de mode Nygard International, a été condamné en septembre 2024 à 11 ans de prison au Canada pour quatre agressions sexuelles commises entre la fin des années 1980 et 2005. Le juge l’a qualifié de « prédateur sexuel » qui a abusé de sa fortune et de son pouvoir pour exploiter des femmes vulnérables.
Mais cette condamnation n’est que la partie émergée d’un dossier bien plus sombre. Aux États-Unis, Nygard fait l’objet d’une mise en accusation fédérale pour traite sexuelle et racket (racketeering). Selon le Département de la Justice américain, il aurait orchestré pendant des décennies un réseau visant à recruter des femmes et mineures, notamment aux Bahamas, aux États-Unis et au Canada, en leur promettant des carrières dans la mode, des fêtes luxueuses (« pamper parties ») et de l’argent. Beaucoup de victimes étaient issues de milieux défavorisés, dont de nombreuses jeunes femmes noires.
Des vidéos et témoignages qui circulent depuis plusieurs années ajoutent une dimension particulièrement glaçante. On y voit Nygard tenter d’acheter des œufs, des embryons, du sang menstruel, des cordons ombilicaux et des placentas auprès de femmes noires, souvent en proposant des sommes importantes (jusqu’à 60 000 dollars pour des œufs selon certaines séquences). Obsédé par les cellules souches et la quête de jeunesse éternelle, il aurait encouragé des grossesses suivies d’avortements pour récupérer des tissus fœtaux, persuadé que le matériel biologique issu de femmes jeunes et noires lui offrirait une « vitalité supérieure ».
Qui facilitait ce trafic ?
Nygard n’opérait pas seul.
Selon les plaintes civiles et les accusations pénales, son entreprise elle-même servait de couverture et de financement : employés, recruteuses (« top girlfriends » rémunérées en bijoux, chirurgies et avantages), voyages organisés et paiements aux victimes. Aux Bahamas, des allégations pointent des liens avec des figures locales et une possible protection qui aurait permis à ces pratiques de perdurer pendant plus de vingt ans. Des centaines de femmes ont témoigné dans des actions collectives.
Les allégations les plus documentées concernent les Bahamas et des contacts avec des femmes noires (d’origine africaine ou afro-descendante). Cependant, le commerce illégal de placenta et de tissus humains existe dans plusieurs pays en développement via des réseaux informels liés à des cliniques privées ou des avortements. Rien ne permet pour l’instant d’établir une implication systémique d’établissements hospitaliers africains dans le cas spécifique de Nygard.
Quelles conséquences pour l’Afrique ?
Au-delà du cas individuel, ce scandale met en lumière un phénomène plus large : l’exploitation des corps des femmes africaines et afro-descendantes par des prédateurs fortunés. Il renforce des stéréotypes racistes (idées de « supériorité génétique »), alimente le trafic humain, provoque des traumatismes profonds, des risques sanitaires (grossesses forcées, avortements, infections) et détruit des vies. Économiquement et symboliquement, il expose l’Afrique à des réseaux internationaux qui transforment la pauvreté en porte d’entrée pour le pillage biologique et sexuel. La vulnérabilité des jeunes femmes reste un terreau fertile pour ces abus.
Peter Nygard, souvent surnommé « l’Epstein canadien », continue de faire face à d’autres procès au Canada (Montréal, Winnipeg) et à une possible extradition vers les États-Unis. Il nie la plupart des accusations.
Ce dossier rappelle que la richesse et le pouvoir peuvent masquer les pires formes d’exploitation. La justice suit son cours, mais le silence profite toujours aux prédateurs.
Mohamed Saliou CAMARA











